Tunisie: la victoire des outsiders

Les milliers d’Algériens, qui chaque année partent sur les côtes tuniennes profiter des complexes touristiques, peuvent être envieux. Non pas des espaces bétonnés de La Goulette ou d’Hammamet…mais de découvrir à quelques pas de chez eux, en plein Maghreb, une vie démocratique certes imparfaite comme tout système humain mais vivante, pleine d’espoir…loin de la morosité algérienne et de ces élites aveugles et corrompues pour beaucoup.

Le 15 septembre dernier, 7 millions d’électeurs ont été appelés à élire leur Président de la République. Symbole unique de cette semaine folle d’espoir pour nombre de Tunisiens n’ayant connu jusqu’en 2011 que la dictature, Ben Ali mourait en exil quelques jours plus tard en Arabie Saoudite. A croire que toutes les planètes semblaient s’aligner du côté de Tunis.

26 candidats étaient alignés sur la ligne de départ représentant toutes les opinions et sensibilités du pays : des islamistes à l’extrême gauche en passant par les socialistes et les candidats les plus loufoques. Il y’en avait pour tous les goûts.

Si ces élections donnaient au préalable d’une démocratie vivante et pleine d’espoir, la réalité en Tunisie est d’un acabit.

Certes, le pays est celui du Printemps arabe qui a tenu le plus ses promesses en ce qui concerne le respect des droits civiques et des libertés publiques. Mais mettre un bulletin dans l’urne ne nourrit pas toujours son homme et la crise économique ajoutée à des erreurs de casting ont profondément affecté le moral de nombreux citoyens tunisiens. Le pays connaît une crise de confiance profonde envers ces élites en place depuis 2014. L’économie n’a pas redémarré. Dépassant dans les années 2010 l’Afrique du Sud comme premier atelier africain en matière de textile, le pays est pourtant en crise économique. La révolution n’a pas eu l’impact escompté sur les finances du pays et les mesures prises par les gouvernements respectifs furent des fiascos totaux. Depuis 2016, le chômage est toujours à 15% touchant plus particulièrement les femmes en milieu rural. Mais le problème est plus ample : fer de lance de la révolution de 2011, les étudiants sont les premiers touchés par le manque d’emploi et en particulier les « surdiplômés ». Ces grosses têtes, parfois bien faites, sont les premiers frustrés par le système en place. Et ils n’ont pas hésité à s’en plaindre sur les réseaux sociaux. Près d’un tiers des étudiants sortant de l’université ne trouvent pas leur place sur le marché de l’emploi. La faute en partie à un système éducatif peu adapté au marché tunisien et à une fuite des cerveaux toujours aussi présente.

C’est dans un contexte de rejet des élites traditionnelles que s’est déroulé ce scrutin.

Le rejet des nouvelles élites post-révolution est total sans pour autant tomber dans une quelconque nostalgie du Benalisme.

La campagne a d’ailleurs été calme et beaucoup plus respectueuse que nombre d’élections occidentales : pas de bourrage d’urnes, aucune fraude avérée, un réseau internet intact, des militants sincères et peu agressifs…

Il faut « sortir les sortants » semble pourtant avoir été le slogan adopté par celles et ceux qui se sont aventurés dans urnes. Mais l’abstention a été faible. La participation a été de 49% selon des chiffres encore provisoires de l’Isie, un taux faible en regard des 64% enregistrés lors du premier tour de la présidentielle de 2014.

Les « Frères » tunisiens d’Ennahdah pensaient clairement être en tête du scrutin. Moncef Marzouki, proche du mouvement et président en 2011, avait en 2014 atteint le second tour en perdant face à l’actuel président, l’ancien diplomate destourien Béji Caid Essebsi.

En tentant d’effacer leur image de parti islamiste pour apparaître tel le Parti de la Justice et du Développement marocain en bon démocrate-musulman, Ennahdha pensait attirer vers eux les classes moyennes et les plus diplômés : erreur de stratégie puisque Abdlelfattah Mourou a terminé troisième avec 12,9 % des scrutins. Le visage abattu du président du parti Ghannouchi à l’annonce des résultats était révélateur de cette claque.

Le duel va opposer le 6 octobre prochain deux candidats « hors système », deux électrons libres de la politique à l’image de leur pays : l’universitaire Kais Saied arrivé en tête avec 18,8 % sans parti, ni moyen de communication au magnat de la presse Nabil Karoui arrivé second avec 15,4 %.

Comme rien ait jamais simple en politique, ce véritable self-made-man, patron d’une importante chaîne de télévision… est en détention provisoire pour fraude fiscale.

Un peu léger vu le climat déjà constaté quelques lignes auparavant dans le pays.

Surtout que le major de l’élection a déjoué tous les sondages en parvenant en tête du 1er tour sans appareil, ni militant. Ce juriste longiligne au visage d’ascète remplit beaucoup de critères ayant favorisé cette ascencion fulgurante. Parfait connaisseur de la constitution, il a promis de réformer le pays en décentralisant la république tunisienne en s’appuyant davantage sur les cantons. Décentraliser pour rendre le pouvoir au peuple. Universitaire reconnu, fin lettré, il a fait campagne en arabe littéraire, avec beaucoup de pégagogie pour expliquer son programme. Surtout « Rococop » pour sa voix monocorde, il est l’anti-thèse du tribun de la plèbe. Et ce sont paradoxalement ces qualités qui ont permis de faire des émules chez les étudiants et la classe moyenne éduquée, lassés des fausses promesses des hommes politiques nés d’une Révolution où l’art de communiquer a pris le pas sur le réel. Musulman particulièrement pieux, sans être suspecté d’une quelconque collusion avec les intégristes, il fut à de nombreuses reprises évasif sur l’application de la charia dans la société tunisienne, reste favorable à la peine de mort et très claire sur son opposition à l’homosexualité en Tunisie « amenée selon lui par les Étrangers ».

Des déclarations qui lui ont apporté sur un plateau la voix des musulmans pratiquants et des plus vieux, peu tentés par une aventure Ennahdah.

Mais ces derniers n’ont pas dit leur dernier mot. Grand spécialiste de l’entrisme, ils ont déjà montré à de nombreuses reprises leur capacité au sein de l’Assemblée à influencer les votes. Dés l’annonce des résultats, ils ont clairement appelé à voter pour le « révolutionnaire-conservateur » Kais Saied. C’est en grande partie ces électeurs qui pourraient faire l’élection si l’abstention devait rester intact.

Car on voit mal la gauche si désunie, qu’elle soit socialiste, trotskiste ou laïque soutenir le charismatique mais si clivant Nabil Karoui dont la situation personnelle est en elle-même inique.

Mais en politique comme avec les Hommes, rien n’est jamais joué d’avance.

La suite le 6 octobre.

Quand l’Egypte parlait « français »

Emmanuel Macron à Abu Simbel, Egypte.
Ludovic Marin, AFP

Loin des « gilets jaunes » ou « des foulards rouges », le président Macron est en Egypte. Journées plus calmes où entre deux visites de Pyramides, le « Marcheur » vend des armes, des Rafales au si contesté président Sissi.

Pourtant longtemps, Egypte et France furent d’une rare proximité où Canal de Suez et poésie faisaient un pont inédit et solide entre nos deux contrées.

« Il y a vingt ans, l’Egypte était une terre française. M. de Lesseps était prophète, et quand on avait dit: «Monsieur le Comte», on avait tout dit. » Ces quelques mots furent écrits le 20 octobre 1894 par le homme dont le nom évoque toute l’aventure du colonialisme français: Lyautey.

Sans avoir été une colonie ou un protectorat de notre pays, le delta du Nil se laissa pendant plus d’un siècle transporter par les méandres d’une France, au rôle important mais souvent méconnu dans la construction de cette nation moderne : l’Egypte.

Aujourd’hui, les relations franco-égyptiennes semblent se limiter à la vente de quelques Rafales, puisque que l’état dirigé par le maréchal Sissi est aujourd’hui « notre » troisième client.

Mais il fut un temps où la France était vue d’un regard plein de chaleur et de respect. Retour sur plus d’un siècle de francophilie passionné, brutalement dissipée, sur la terre des pharaons.

Ces liens commencent pourtant mal lorsqu’un général corse débarque à Alexandrie pour défendre en 1798 le sultan de Constantinople face aux velléités indépendantistes d’un mamelouk, albanais de sang et débonnaire d’esprit.

Sans rentrer dans les détails, éviter Jaffa et Aboukir contre nos vieux « ennemis » Britanniques. La conquête n’est pas que militaire. Elle est « humaine » dans sa globalité.

Le futur empereur de Saint Hélène emmène avec lui des savants (dont le mathématicien Monge et bien d’autres), des peintres, ses lettrés. Le Franc-comtois Gérôme l’immortalisa à la vue des pyramides.

Comme Alexandre avant lui, Napoléon, fils de la Révolution, voit dans chaque conquête, la découverte de civilisations exceptionnelles.

Mais la France va rester sur place. Durablement.

Tel un Bernadotte pour le trône de Suède, la France révolutionnaire puis bonapartiste a su faire émerger des tréfonds de son âme des talents venus du peuple que le monde nous envie, nous prend. Mehemet Ali, le père fondateur de l’Egypte moderne, confie la formation de son armée à un officier de renseignement de la Grande Armée, Joseph Sève. Ce Lyonnais, aux racines beaujolaises est un vétéran de Trafalgar et des campagnes d’Italie. Resté en Egypte, il se converti à l’islam et devient célèbre sous le nom de Soliman Pacha. C’est lui qui va moderniser l’armée égyptienne en la dotant d’une artillerie et d’officiers dignes de ce nom. Généralissime des armées d’Egypte, devenu Pacha, il est promu grand officier de la Légion d’Honneur par Louis-Philippe. Le roi Farouk, , dont nous reparlerons, dernier roi du pays, n’est autre que… son arrière-arrière-petit-fils.

Au niveau financier, le pays a besoin de deniers pour aménager le pays jusqu’au Soudan. Devant une Grande-Bretagne désireuse de défendre la route des Indes en accaparant une Egypte, la France fait figure de modèle. Malgré des réticences au début, le projet du diplomate Ferdinand de Lesseps de construire un canal pour rejoindre la mer Méditerranée et l’océan Indien. Ce tracé va profondément changer l’histoire de la région. 40 000 actionnaires français donnent 200 millions de francs. Le chantier dure dix ans de 1859 à 1869. Une emprise française que va bientôt contester les Brittaniques, nouveau maître du pays, qui rachètent les dettes de l’État égyptien.

Qu’importe ! L’obélisque de Louxor, place de la Concorde ,offert en 1836 marque l’amitié entre nos deux pays.

L’égyptologie en France a un succès fou. Il n’est pas chauvain de prétendre qu’hormis Howard Carter, la France a eu avec Champollion, Pierre Montet ou Christiane Desroches-Noblecourt parmi les plus grands Egyptologues ? Qu’outre des spécialistes de l’antiquité, Louis Massignon, l’un des plus éminents islamologues du Xxème siècle a longtemps étudié au Caire tout comme de plus « jeunes » chercheurs à la réputation mondiale à l’instar de Gilles Kepel ou Henri Laurens.

Dans la France de Balzac, Hugo, Flaubert, dans cette France de 1848, la culture est centrale. La IIIème République crée des écoles françaises, laiques comme catholiques sur le territoire égyptien. Le savoir devient une arme diplomatique. Les droits de l’homme par la salle de classe.

Comme au Maroc, pour les Juifs, l’école permet aux Chrétiens d’Egypte, commerçants des villes pour la plupart de s’émanciper du pouvoir sunnite et de prendre leur place dans la modernisation de leur pays. Beaucoup aiment à dire que leur présence est antérieur à l’Islam. Qu’ils soient coptes au Caire ou Grecs orthodoxes à Alexandrie, ils suivent des cours dans les missions laiques ou catholiques avant de continuer entre Paris ou Le Caire leur formation académique. Comme la poète Andrée Chédid la famille Boutros Ghali par exemple, qui donne un Premier ministre dans les années 1910 puis un Secrétaire générale de l’O.N.U…. le tout sous de signe de la francophonie et de la France de 1848. De plus, l’ennemi commun, l’anglais, est un nouvel argument à ce rapprochement. Le Français n’est pas qu’une langue, c’est une pensée.

L’influence de la révolution française, du Printemps des Peuples de 1848 donne de l’espoir aux nationalistes égyptiens. Rousseau, Montesquieu côtoient des auteurs arabes, comme Boutros al-Bousthani, Jamal Al-Din ou encore le syrien Al-Kawakibi. La « Nahda » (“L’ essor », le « renaissance ») est en marche.

Est-ce pour rien que des Arabes venus de Syrie, du Liban ou d’Egypte créent en 1913 un Congrès national arabe ?

Les guerres mondiales ne changent rien. Malgré la boucherie de 14-18 et 1940, l’influence française est axée sur le Levant pendant que les Britanniques à Lausanne et à Sèvres tentent de garder leur main-mise sur la région.

Seul petit bémol peut-être durant la Seconde guerre mondiale, c’est d’Alexandrie que les Barberot, Patou et autres D’Estiennes d’Orves quittent la Marine si Vichyste pour devenir des Héros de la France Libre, pouvant s’appuyer au départ sur la grosse communauté française des années 40 pour se cacher et rallier De Gaulle, dans une région Pétainistes et Gaullistes se livrent une guerre d’information sans répit.

Dans les années 50, on sauve les meubles, la France souhaite conserver sa place dans ce pays malgré l’effondrement de 1940 et une décolonisation qui sent la fin d’une histoire. Pour garder nos intérêts tant économiques que culturelles, on envoit nos diplomates les plus chevronnés : Couve de Murville devient ambassadeur au Caire en 1955. L’Egypte de son Roi Farouk, « le Lyonnais en exagérant », est toujours aussi francophile… mais pas pour longtemps.

1956 c’est la rupture. Pas tranquille. Brutale. Un séisme. Tragique. Presque anormale même. Le Prince Farouk, hier roi pieux et aimé de son peuple. A l’instar, des émirs de la Péninsule arabique, au discours ultra-conservateur à la maison, mais consumériste et libertaire à Marbella, le Roi Farouk passe de plus en plus de temps en France. Pas pour des séminaires au Collège de France, mais dans les plus plus belles cylindrés, avec les plus belles femmes. Mais ce faste irrite profondément une population égyptienne essentiellement composée de faméliques fellahs profondément croyants. Dans un espace géographique de plus en plus épris de discours nationaliste, l’attitude jugée trop conciliante du Roi envers des Britanniques, détenant encore bon nombre de rouages économiques du pays, n’arrange pas les choses. En 1954, des Officiers Libres, menés par les militaires Neguib, Nasser, Sadate prennent le pouvoir. Deux ans plus tard, énième coup d’éclat, Nasser, le plus charismatique de ces révolutionnaires prend la relève face au vieillissant Neguib.

Porte-parole d’un monde non-aligné, chantre du nationalisme arabe anti-impérialisme, le discours du militaire au sourire charmeur et à la carrure sportive va immédiatement effrayé ces adversaire dans la région : Israel, la France, le Royaume-Uni… Du côté de Guy Mollet et de son ministre Christian Pineau, on suspecte-à raison- Le Caire d’armer le F.L.N.

Devant le refus des Américains, nouvelle puissance centrale dans la région, de financer un barrage à Assouan, le général Nasser décide de nationaliser le Canal de Suez. Les Français et les Britanniques, à l’aide des Israeliens, répliquent par l’envoi de parachutiste : c’est « l’Opération Mousquetaire ». Les deux nouvelles puissances mondiales, Américains et Soviétiques, mécontents d’avoir été écarter du projet, décident de faire payer à ces Européens cette attitude arrogante et dépassée. A l’O.N.U., la coalition fait un flop monumental. Mais pour les Français le coup est plus profond encore. « Le sens de l’histoire » pour reprendre le génie hégélien. La débâcle est inique. L’Egypte et la Syrie, les deux pays baassistes de la région coupent les liens avec la France. Près de 150 années d’amitiés sont balayés après cette catastrophe diplomatique. Cette crise a un impact important pour les intérêts français et marque d’une profonde francophilie de la part d’une certaine bourgeoisie notamment chez les Chrétiens. On ferme les deux principaux lycées de la mission catholique française. On ferme également les instituts de droit et d’archéologie. Nasser fait expulser 300 instituteurs. L’impact n’est pas que culturel mais également économique : les avoirs français sont bloqués, on passe de 12,5 à 3 milliards de Francs. Les livraisons de coton-centrales pour notre industrie-passent, elles, de 15 milliards à 2 milliards… on ferme le ban.

Le Français reste pourtant, une langue éprise. Les liens du coeur ont beau avoir été affectés, il reste toujours un certain amour, une certaine nostalgie… comme les vieux flirts de jeunesse.

Aujourd’hui près de 150 000 Egyptiens vivent en France, un chiffre relativement important si on se réfère à une communauté non-issue de notre empire coloniale, et non employable dans les secteurs demandant une main d’oeuvre importante. Beaucoup sont des Chrétiens fuyant l’islamisme violent et purificateur de la Confrérie des Frères… autant d’ambassadeurs sur place.

Alors que l’économie a nettement dépassé la culture comme lien diplomatique avec la mondialisation, quelques Rafales permettent de remplir les caisses de l’État tout en renforçant l’assurance de nos « Coqs » à l’Elysée depuis Jacques Chirac jusqu’à Emmanuel Macron. Mais c’est trop… 1956, la fin des colonialismes, l’activité américaine dans la région et une vie intellectuelle française loin de l’hégémonie du XIXème siècle ont fait le reste… pour combien de temps ? Nul ne le sait…

A moins d’une « Nahda » française … qui vivra verra !


Pas de printemps pour « les Gilets jaunes » ?

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En 2011 et 2012, nos regards se sont tournés vers les pays d’Afrique du Nord et du Maghreb (Tunisie, Egypte, Libye…) où des révoltes populaires firent tomber des régimes au pouvoir depuis parfois plus de cinquante ans. L’Algérie s’était déjà embrasée en 1988 avec des émeutes urbaines. Le président Bendjedid avait calmé le jeu en démocratisant la constitution… puis ce fut le FIS, la guerre civile et aujourd’hui une démocratie paralysée.

Corruption, chômage, absence de démocratie et régime repressif… la place Tahrir au Caire devint à plusieurs reprises le symbole de la Liberté dans tout le monde arabe où des milliers de personnes affrontèrent l’armée, avec souvent l’appui des Occidentaux.

Tahrir était devenue « Une place de la Bastille» orientale. Sidi Bouzid le symbole d’un martyr. La Syrie connaît de son coté un printemps sans fin et personne ne sait aujourd’hui quand est-ce que les oiseaux pourront recommencer à chanter. Ni quel air…

De notre côté les « Gilets jaunes » battent le pavé. On peut penser que ces deux séries n’ont rien á voir mais se battre pour plus de justice est un combat universel, et ce, quelque soit le versant de la Méditerranée.

Bien entendu, la France d’Emmanuel Macron n’est pas l’Egypte de Moubarak ou la Tunisie de Ben Ali. Il n’y a pas 25 % de chomeurs comme en Tunisie. Ni un milion d’enfants mendiant comme dans les rues du Caire.

Les violences policières, les fumigènes, les coups de matraque, qui sont lamentables, de notre police républicaine-à bout de souffle elle aussi- ne peut être comparer avec la terrible Mukhabarat, la police spéciale égyptienne.

Seulement dans un contexte européen de pays développés, cet « automne » français a des côtés bien printaniers.

« Notre » France est également un pays à bout depuis de trop longues décennies.

Les Français demeurent les plus imposés d’Europe. Les retraites sont de plus en plus faibles. Le chômage l’un des plus hauts des pays développés. Et l’abstention est, depuis très longtemps le premier parti de France, dans un pays qui vota un « Blum » en 36 quand ses voisins viraient au « brun ».

Pour quel(s) résultats ces sacrifices? La fermeture de nombreux services publics dans les campagnes (bureaux de postes…) une école à deux vitesses et le sentiment d’être de moins en moins compris voir méprisé par nos gouvernants. Provoquer « les gaulois réfractaires », c’est oublier notre inconscient révolutionnaire. Erreur de débutant sans profondeur historique. Le dépucelage politique à la barricade. Comment se gargariser d’un régime qui envoie au pouvoir un homme élu avec près de 60 % d’abstention ?

Alors quand une énième taxe sur le gazoil est apparue, l’annonce a fait l’objet d’une véritable bombe. Dans un pays, ou des millions de personnes en province sont obligées de conduire pour travailler, faire ses courses et tout simplement « vivre », quelle mouche a piquer le gouvernement ?

Les travaux du géographe Christophe Guilluy ont bien montré sous Nicolas Sarkozy a quel point les zones périurbaines recouvraient à la fois l’emploi du secteur secondaire mais aussi les couches plus fragilisées, loin des studios de Canal+ ou de BFM.

A l’instar des Printemps arabes, c’est de « Facebook » qu’est venu le cri de ralliement. Comme en Egypte et dans une moindre mesure en Tunisie, les partis d’opposition et les syndicats n’ont joué qu’ un rôle très secondaire dans la structuration du mouvement.

Alors « Automne Français » ? Elargie à l’Europe, la comparaison n’est pas absurde. Ce n’est pas dans les « si » consensuelles contrées de Scandinavie ou d’Allemagne qu’un tel évènement se produirait. Et lorsque les mineurs britanniques se mirent en grève, les classes moyennes ne bougèrent pas d’une oreille et votèrent de nouveau pour la dame de Fer. Seule, l’Italie de Grillo et Saviani peuvent éventuellement ravire la comparaison dans le rejet des élites traditionnelles… et « encore » puisque tout s’est effectué de manière organisée par le vote.

A Paris comme en province, on trouve de tout: des jeunes salariés, des retraités, des petits fonctionnaires, des petits patrons… De la même manière qu’au Caire et à Tunis, les marchands des souks côtoyaient des dockers, des jeunes chômeurs, ces fameux « piliers de murs »… un peuple dans toute sa diversité sociale uni et fier. La « Marseillaise » autour du Soldat inconnu en fut le plus beau symbole.

Excepté l’éternel parasitage des groupuscules d’extrême-droite ou d’extrême-gauche, les slogans sont totalement sociales et égalitaires. Pacifique pour le noyau dur. Aucun appel au meurtre, ni discours antirépublicains. Bien au contraire… un appel « drapeau tricolore » en main pour plus d’égalité et de fraternité comme en 36 !

C’est ce qui nous différencie de nos «voisins arabes». Le poids du « fascisme » dans les foules. Qu’il soit brun ou vert. Ce que tout le monde savait en dehors des naïfs et des cyniques dans la presse française. Les groupuscules islamistes « tendance » Frères musulmans avaient noyauté l’opposition. L’entrisme, cette pratique pensée par l’intellectuel le plus influent du mouvement fondé à Ismaila en 1928, l’économiste Sayyid Qubt, pendu en 1966 par le régime de Nasser. Une méthode qui porta ses fruits avec la prise du pouvoir par Morsi en Egypte.

Quid de nos leaders d’opinions ? Le fameux paradoxe français pour plagier l’historien israelien Simon Epstein: «Révolutionnaire à Tunis, Réactionnaire à Paris ».

On aurait espéré naivement, que la presse et les intellectuels ayant soutenu avec le plus de vigueur les « Printemps arabes » auraient sauté le pas en France avec le même romantisme révolutionnaire. Faire corps avec son peuple. Après tout, le Printemps des peuples de 1848 était né en Hexagone avant de rejoindre l’Italie, la Pologne… ! Et bien pas du tout !

Pour un Emmanuel Todd, auteur d’ «Allah n’y est pour rien» prophétisant les Révolutions arabes, retrouvant son « patriotisme » avec les Gilets jaunes, combien de Bernard-Henri Lévy et de Romain Goupil pourfendant ces « Beaufs conservateurs » en « Gilet jaune », de cette « France rance » ? L’éternel héraut de l’idéologie française n’hésite pas dans un tweet à accuser les Gilets jaunes de casser le contrat social en France. La presse de gauche n’y a pas été de main morte elle non plus. Une révolte populaire noyauté d’islamistes oui, une révolte civique attaqué par des nervis incontrôlables, non. Allez comprendre…

Toutes ces « bonnes âmes » ont pourtant un lourd passif: qui se souvient de Romain Goupil soutenant Bush lors de sa croisade irakienne ou de l’atomisation de la Libye « façon puzzle » grâce au lobbying de Bernard Henri Lévy auprès du président Sarkozy ? Deux interventions contre la tyrannie et pour la Liberté bien sur.

Le désordre chez les autres, l’ordre à la maison… tel semble être le leimotiv idéologique de ces petits « Gustave Hervé », hier trotskiste ou maoïste aujourd’hui néo-conservateur.

Heureusement pour les Gilets jaunes, ce que l’on accepterait pas d’un plombier ou d’un facteur, c’est que ces petits marquis se sont toujours trompés.

L’automne sera-t-il un beau « printemps » vers une France fidèle à ses valeurs… réponse dés cet hiver ! Avec pleins d’espoir : « Inch’allah » !

L’opposition en Algérie: combien de division(s) ?

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Dans le précédent billet, nous nous sommes attelés à déchiffrer l’identité du premier candidat déclaré aux élections : le président sortant, Abdelaziz Bouteflika. Quelle était son histoire ? Son parcours ? Ses réseau et sa légitimité pour pouvoir briguer une 5ème mandature digne des « Républiques bananières » ? Un homme donc incontournable, inévitable malgré son âge pour un bilan mitigé certes mais un bilan tout de même.

Mais qu’en est-il de l’opposition ? Et d’abord existe-t-elle ? Dés l’indépendance, le Front Libération Nationale fut le seul parti autorisé. Tous les mouvements de contestation (socialistes, Kabyles, communistes, Républicains modérés…) furent éradiqués en utilisant tous les moyens possibles : tortures, arrestations, exils forcés, meurtres etc.

Bachir Hadj Ali, le leader du Parti Communiste Algérien eut le malheur d’être arrété et torturé à deux reprises : par la France coloniale puis l’Algérie de Boumédiène…

En 1989, la nouvelle constitution accorde la vie à d’autres partis… résultat : le Front Islamique du Salut, mené par Ali Belhadj et Abbassi Madani, arrive en tête des municipales de 1990 … en prenant notamment Alger la Blanche devenue bien noire…

On connaît la suite l’Armée arrête le processus électorale de 1991 et s’ensuit onze et longues années de guerre…

Depuis l’opposition végète. Stagne. Capitule en rase campagne et engrange les « Palestro électoraux ». Quelques mairies, peut-être un tiers des députés en moyenne mais comme relève c’est bien peu. La personnalité de Bouteflika mais aussi le manque de leader, tant au niveau intellectuel que politique, l’émiettement de l’électorat et la peur d’une énième aventure tel le FIS… tout cela explique la situation actuelle. Et le pétrole arrose les assiettes à défaut comme dans ce genre d’économie de créer des emplois (qui ne leur sont pas destinés comme nous l’avons vu auparavant). Une dose de chauvinisme antimarocain ou antifrançais lorsque cela va très mal… mais on est loin d’ « un seul héros le peuple » immortalisé par René Vautier.

Mais pourtant les opposants existent certains plus légitimes que d’autres…panorama d’une opposition multiple et variée ;

Le Front des Forces Socialistes apparaît comme l’opposant historique depuis 1989.

Créé le 29 septembre 1963, le parti est une des émanations de la résistance algérienne au colonialisme français. Membre de la Seconde internationale, son créateur n’est autre que « l’intellectuel des neuf chefs historiques » de l’Insurrection de 1954, le Kabyle Hocine Ait-Ahmed. Opposé à Ben Bella, c’est la version « girondine » de la révolution de 1962 : social-démocrate, décentralisatrice et viscéralement attachée à la démocratie, aux libertés publiques et au caractère multiculturelle de l’Algérie. Composé en majorité de Kabyles, région qui donna un nombre très important de combattants pendant la guerre d’indépendance, le parti est un défenseur déterminé de la culture berbère. Ait-Ahmed n’hésite pas quelques années plus tard à regretter le départ des Européens et à défendre l’existence de l’État d’Israel !…preuve de la très grande hétérogénéité idéologique du F.L.N. masqué par la prise en main des Ben Bellistes dés la fin de la guerre ! Qu’importe à l’image de ces leaders, Ait-Ahmed et Krim Belkacem, les militants sont pendant une vingtaine d’années pourchassés (exil, emprisonnement, assassinat…) avant d’être autorisés à rentrer à la fin des années 80 pour subir peu de temps après les foudres des islamistes… Depuis les années 2000, le parti tente de survivre. En dehors de quelques foyers électoraux comme Tizi Ouzou ou la région algéroise, le parti qui possède 14 députés n’apparaît pas en mesure de contester le parti majoritaire, faute de leader charismatique et d’assise sur tout le territoire…sans compter les divisions internes !

Une pale copie de son homologue français…

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Les centristes du Rassemblement pour la Culture et la Démocratie du député d’Alger Mohcine Belabas et les libéraux de Talaie El Houriat le magistrat Ali Benfils, ancien chef du gouvernement, semblent trop isolés pour incarner une alternative crédible.

Les islamistes gardent un électorat plus ou moins volage mais capable de se mobiliser. La crise à la frontière tunisienne, le groupe AQMI au Mali et les nombreux Algériens en Syrie mobilisent les plus jeunes et les actifs de leur militant. De plus, la concorde de 2001 n’a pas vacciné tous les électeurs notamment les plus radicaux et les éternels déçus de 1962. Mais les islamistes ne peuvent jouer sur l’effet de surprise de 90 et ont vacciné beaucoup d’Algériens parmi les plus populaires. Le quasi lynchage par des passant d’un islamiste qui tentait de détruire la statut d’une femme nue près de Sétif montre que les Algériens ne veulent pas revivre une seconde décennie noire. Dans les faits, les partis islamistes, dont celui d’Abderrazak Makri, sont trop divisés pour parvenir à s’entendre sur une stratégie en commun. Les rumeurs d’un noyautage par ces derniers dans l’appareil de l’état frisent, cependant, le fantasme d’une société en manque de repères.

Enfin, Le mouvement « Citoyenneté-Démocratie » plus communément appelé « MOUWATANA » est le petit nouveau. Né en juin 2018, c’est pour beaucoup d’Algériens un sérieux outsider et un peu d’air frais dans ce désert de corruption et de népotisme. C’est officiellement le seul mouvement politique à dénoncer ouvertement un 5ème mandat. Il s’appuie sur une multitude d’associations, de syndicats et de partis unis contre le régime de Bouteflika dont le parti « Jil Jadid » (le « Nouvelle génération») du vétérinaire Soufiane Djilali, déjà opposé au 4ème mandat !

Un nombre important de manifestations à éclater dans les villes d’Algérie comme à l’étranger.

Les valeurs réclamées: la démocratie, le progressisme, la laicité. Ce sont en majorité des jeunes trentenaires et quadras surdiplômés fortement influencés par les Printemps arabes mais également par les différents mouvements européens nés dans les 2010 à l’instar, de Podemos ou des Insoumis. Le problème pour le moment : une tête d’affiche peu charismatique et un manque cruel d’impact chez les couches populaires et dans l’électorat plus âgé.

Mais Bouteflika a des cartes en main. Djamel Ould Abbès, le secrétaire général du FLN et l’ensemble du parti (parti il est vrai peu enclin à la démocratie interne) apportent un soutien clair et sans faille au président qu’il considère « comme un maestro. La centrale syndicale UGTA ou les patrons du FCE d’Ali Haddad également. L’ensemble de l’establishment part derrière son « champion ».

Il faut dire que le ménage a été fait : démission du premier ministre Abdelmajid Tebboune à l’été 2017) et l’été 2018 après la découverte de 700 kilos au large d’Oran plusieurshauts responsables militaires sont démis de leur fonction pour corruption…

Alors Abdelaziz : Jeu-Set et Match ?

Abdelaziz V l’ultime épreuve

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La nouvelle n’est pas officielle, ni surprenante, mais fait déjà beaucoup sourire à l’étranger, Abdelaziz Bouteflika postule à 81 ans à sa propre succession pour les élections de 2019.

Cet homme assis dans un fauteuil-roulant après un A.V.C. est absent physiquement de toutes les manifestations populaires et politiques depuis des mois. Remplacé par une photo. Ce dinosaure de la politique, enfin, que certaines mauvaises langues pensent mort, devient à ce jour le seul candidat et le favori en Algérie pour des élections au combien cruciales…

Comment, l’un des pays les plus jeunes du pourtour méditerranéen (27 ans de moyenne d’âge en 2014) peut-il encore laisser son destin à un octogénaire dont l’existence même est remplie de mystère ?

Ce malaise ne vient pas de nulle part…retour en « UBER » sur quarante années de démocratie si fragile dans ce pays qui vit naître saint-Augustin, l’Emir Abdelkader, Albert Camus…

« L’Homme d’Oujda », réputé pour son amour débordant des jolies femmes, est un homme de la guerre d’Indépendance. C’est en grande partie ce conflit qui a fait l’homme politique qu’il est et qu’il reste. Un habile stratège et un séducteur patenté armé d’ un cynisme aiguisé.

Né en 1937 à Oujda au Maroc d’une famille de Tlemcen, Abdelaziz est éduqué au nationalisme au sein des scouts musulmans, véritable vivier de futurs moudjahidines (« combattants » en arabe). En 1956, le jeune homme intègre « l’Armée des Frontières » basée au Maroc. Contrairement à Si Azzedine et d’autres, il ne connaît pas l’épreuve du feu mais va progressivement grimper les échelons de l’appareil clandestin à travers un clan destiné à jouer un rôle central à la fois durant la guerre mais surtout sous l’Algérie indépendante : le Clan d’Oujda. Centré autour de deux hommes, le colonel Boumédiene-futur président-et du colonel Boussouf, sorte de « Béria local », ce groupe fortement politisé et armé va progressivement mettre la main sur l’appareil du Front de Libération Nationale puis sur l’Algérie à partir de 1965. Bouteflika devient rapidement le secrétaire de Houari Boumédiene. Il supervise à la fin de la guerre les troupes basées au sud du pays, à la frontière malienne.

Proche de Houari Boumédiene, il est partie prenante du coup d’état contre Ben Bella le 19 juin 1965. Habile apparatchik, il devient sous Boumédiene un ministre des affaires étrangères particulièrement soucieux de faire de l’Algérie, le chantre du Tiers-monde. Il ouvre des négociations avec la France en faveur de l’émigration économique en signant l’accord du 27 décembre 1968 relatif à “la circulation, à l’emploi et au séjour en France des ressortissants algériens et leurs famille”. Il voyage énormément et se fait un solide carnet d’adresse.

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Lorsque son mentor meurt, Bouteflika connaît un période plus trouble. Pourtant ministre d’État sous Chadli Bendjedid, il est accusé d’extorsion de fonds et doit s’exiler de 1981 à 1987 où il se lance dans des affaires fructueuses.

De retour au pays, il va, en bon spécialiste, comploter, ferrailler en interne et réussir à gravir pas à pas les sommets de l’appareil du F.LN. qui occupent avec la compagnie pétrolière SONATRACH et l’efficace Direction du Renseignement et de la Surveillance tout le pouvoir. Durant la guerre civile, (près de 100 000 morts et un million de déplacés en onze ans!), il s’oppose à la ligne dure portée par le président Zeroual et choisit une solution plus modérée et plus conciliante avec les islamistes.

Ancien du Clan d’Oujda mais aussi ministre de Boumédiene, il a pour lui la légitimité historique pour incarner en cette période de guerre civile à la fois l’unité de l’état tout assurant un discours de paix civile.

Après les élections « libres » de 1991, la campagne de 1999 est d’une importance cruciale pour le pays. Opposé au socialiste Ait-Ahmed-l’un des « Neufs chefs historiques du FLN », au libéral Mouloud Hamrouche et à l’islamiste Abdellah Djaballah, « l’Indépendant »Bouteflika gagne l’élection dés le 1er tour avec 73,5 % de votants. La réalité est moins lisse puisque les autres candidats se sont retirés du scrutin reprochant le manque de transparence et les fraudes lors du vote. Mais qu’importe, conforté par le Président Zéroual, seul garant de la stabilité des institutions, Bouteflika est élu Président de la République le 20 avril 1999 pour un mandat de 2 ans puis 5 .

Toutes les élections se suivent et sont identiques: des opposants inėxistants, un président surpuissant aidé par une armée et une entreprise d’état et des scores de « démocratie populaire » en sa faveur » : 85 % en 2004, 90,2 % en 2009 et 81 % en 2014.

La messe (à peu près …) est dite!

Mais Bouteflika reste l’homme de la réconciliation nationale. Il crée des aides financières pour les familles des victimes de l’islamisme, il libère les militaires emprisonnés après des exactions contre des membres du F.I.S. … malgré certaines critiques émanant d’associations des droits de l’homme, ces mesures sont appréciées par une population désireuse une bonne fois pour toute, de tourner la page.

Au niveau économique, la flambée des prix du pétrole permet au pouvoir d’enchaîner les grands chantiers : métro d’Alger, amélioration des voies de communication, construction d’une grande Mosquée… le grand problème reste que ces grands travaux sont sous-traités à des entreprises étrangères ne créant que très peu d’emplois auprès des jeunes. Les Chinois sont devenus depuis 2011 le premier partenaire économique du pays devant la France… mais la Chine vient avec ses ouvriers célibataires, sa logistique et ne se mélange que très peu avec la population locale. Une xénophobie commence sérieusement à éclore dans un pays ayant rompu tout contact avec l’altérité depuis l’exil des Pieds-Noirs… en 1962. (Paradoxe 1)

Cette période est également une ère de scandales financiers où une caste mêlant hommes d’état, militaires et nouveaux riches vont se partager un pactole alors qu’une grande partie des Algériens est confronté au chômage et à la pauvreté… les affaire Khalifa et SONATRACH eurent par exemple une raisonnance particulière dans l’opinion…

Culturellement, l’Algérie de Bouteflika est une Algérie souffrant de schizophrénie. Berbérophone ? Arabophone ? Francophone (la langue de l’ancien occupant) ? Socialiste ? Islamique ?… ou tout à la fois ?

Tiraillé depuis sa naissance, entre une frange « occidentaliste et francophile » et une tendance « national-islamiste » dont les têtes pensantes étaient formées à Kairouan ou au Caire, loin de la Sorbonne. Ce pays a plus de mal qu’il n’y paraît avec son identité culturelle. La guerre civile a forcé Bouteflika à donner des garanties aux conservateurs. Dans la ligne droite de la politique d’arabisation de « Bendjedid », Bouteflika a fait fermé en 2006 , 42 établissements francophones tout en mettant ses frères et enfants dans des établissements privés tenus par… des prêtres français.

Le Printemps noir des Kabyles en 2001 a également obligé le gouvernement à offrir des garanties linguistiques et culturelles à ces irréductibles montagnards à la fois « humiliés » culturellement mais pourtant si présents au sein des armées ou de la police. Paradoxe (2)

Au niveau diplomatique, l’Algérie de Bouteflika reste dans la ligne « tiers-mondiste » de Ben Bella et Boumédiene. Soutien déterminé des Palestiniens, l’Algérie a toujours ses frontières fermées à l’ouest avec son voisin marocain. Elle s’est également rapprochée des Américains notamment sur les questions de sécurité bien qu’historiquement très attaché à son armurier russe.

Avec la France, c’est une autre danse… l’ancienne puissance coloniale garde des intérêts économiques importants en Algérie même si la Chine l’a dépassé et que les Italiens arrivent à grands pas. Au niveau politique, les liens entre l’ancien lieutenant des Chasseurs d’Afrique Jacques Chirac et « Abdelkader El Mali » ont globalement été bons. Bouteflika a toujours eu un rapport conflictuel avec la France fait de mépris et d’admiration. Ancien moudjahidine, il a très souvent surjoué les contentieux historiques en période de crise tout en se faisant soigner aux hôpitaux de Grenoble et du Val-de-Grâce… Paradoxe (3)

Porté par sa politique au Proche-Orient (Palestine, refus de la guerre en Irak…), le Président français a jouit en Algérie d’une sympathie qui ne sait jamais affaibli… l’extrême inverse de son successeur Nicolas Sarkozy. Entre son atlantisme assumé, le projet de loi sur « le rôle positive de la colonisation » et ses discours sur l’identité national (quand près de 3 millions d’Algériens et de Franco-Algériens vivent en France) ont porté un coup terrible aux rapports entre les pays. L’arrivée de François Hollande (ancien stagiaire à l’ambassade d’Alger) que continue son ancien conseiller Emmanuel Macron a adoucit les rapports entre les deux pays entre reconnaissance de certains crimes coloniaux et opérations militaires au Mali… une situation qui s’explique par la fin dans les deux pays, de générations au pouvoir ayant combattu durant la guerre d’Algérie.

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Dans un monde « arabo-musulman » qui a connu les « printemps arabes », l’Algérie est une exception. Seule pays se revendiquant du socialisme, il est également le seul à avoir obtenu son indépendance après une guerre brutale et le premier a avoir subi l’islamisme avec les années noires. Ces deux périodes sont déterminantes si on veut comprendre l’âme de ce pays.

Mais le pays a changé. Il est jeune (27 ans de moyenne d’âge en 2014), connaît un des chômages les plus lourds d’Afrique (avec 17 % en 2014) et son pétrole n’est pas éternel. La majorité des forces vives du pays ne pensent qu’au fameux « VISA » pour la France ou pour l’Amérique du Nord et des manifestations ont commencé à éclater les cinq dernières années. Les procès contre des militaires tombent comme des flocons de neige  sur les sommets du Djurdjura.

Bouteflika, malgré les railleries et le caractère surnaturel de sa candidature, est toujours un symbole. Usé certes mais existant. Il est à la fois le dernier représentant des « Résistants de 1962 », avec ses travers et ses espoirs mais aussi l’homme de l’unité en 1999.

Pour finir, le fait qu’un homme de 81 ans reste au pouvoir montre également l’inertie de cette société qui n’a pas su réellement relever le tournant démocratique de la fin des années 1990. La corruption, les pleurs et le sang peuvent expliquer beaucoup de choses mais pas tout non plus…Si les années noires ont calmé la population de toute dérive islamiste, on ne voit pour le moment aucune alternative crédible…les jeunes ont paradoxalement déserté les engagements militants au profit d’autres préocupations que la gestion « politique » de leur pays… un mot comme « survie » semble être devenue la priorité mais sans« se remonter les manches » et prendre son destin collectif en main comment avoir un avenir viable avec un projet collectif ? Afin de résister : être libre, indépendant, fier (sans orgueil)…

Combien de temps cela va-t-il durer… c’est un autre tour de « UBER » pour Tobrouk » qu’il nous faudra…

A bientôt et paix à tous.

Rififi dans le Rif

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Entrer une Des manifestants dénoncent les peines prononcées à l’encontre des militants du Hirak, le 27 juin 2018, à Rabat. PHOTO / YOUSSEF BOUDLAL / REUTERS.

Rififi (Masculin): mot d’argot créé par Augustin Le Breton signifiant “rixe, bagarre” immortalisé en 1957 dans la série des “Rififi” qui donna par la suite l’excellent “Rififi à Paname” en 1966 et l’éternel Jean Gabin…

Le terme lui-même vient du vocabulaire militaire le “rif”  autrement dit “zone de combat, front” … énième mot issu des campagnes coloniales… du nom de cette chaîne de montagne du nord-marocain, éternel lieu de résistance à toutes les invasions.

Depuis deux ans, cet arc montagneux de 360 kilomètres de long, entre Tanger et Al-Hoceima dans le nord du Maroc, est en effervescence. Des manifestations ont été lourdement réprimées entre 2016 et 2017 par l’Etat marocain, dans une des régions les plus pauvres et les plus “remuantes” du pays.

Qu’en est-il aujourd’hui ? Immersion

Le 28 octobre 2016 dans la principale ville du Rif, la ville touristique d’Al-Hoceima, un jeune vendeur de poisson Mohcine Fikri meurt dans des conditions effroyables: broyé dans une benne à ordure en tentant de sauver sa marchandise, certes pêchée illégalement, des mains de la police. Dans cette région où le chômage frôle les 20% dans certaines contrées – quand la moyenne nationale est à 9%- des manifestations explosent: c’est l’Hirak (“la Mouvance” en berbère).

Pendant un an, des milliers de manifestants vont arpenter les rues de la ville- des jeunes en majorité mais pas seulement- réclamant du travail et plus d’égalité dans les investissements sur la région: “Ou va notre argent ?” scandent-ils.

Au centre de ces foules un homme émerge et va devenir le symbole de cette contestation: Nasser Zefzafi. Agé de 40 ans, diplômé en sciences sociales, cet orateur charismatique, posé originaire d’Izefzafen est à l’image de cette région montagneuse et marginalisé: rebelle et fier.

Moroccan activist and the leader of the protest movement Nasser Zefzafi gives a speech during a demonstration in the northern town of Al-Hoceima
YOUSSEF BOUDLAL / REUTERS

Fidèle aux tribus berbères fuyant dans les montagnes de l’Atlas et du Rif l’avancée des cavaliers Arabes-auxquels se réclame la dynastie chérifienne- le Rif a posé constamment problème à tout pouvoir centralisé.

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Abdelkrim en une du journal américain “The Times”            en 1925.

Dés 1922, le Rif se fait une renommée internationale. comme symbole de la résistance à la colonisation, chez tous les opposants européens comme chez les colonisés. Protectorat français et colonie espagnol depuis le traité de Fès en 1912, (à lire dans mon ouvrage “Amado Granell libérateur de Paris” sorti en 2016 chez l’Harmattan), la région s’enflamme en 1921.

Le 21 juillet de cette même année, 3000 hommes d’Abdelkrim El Khattabi encerclent la base avancée d’Anoual tenue pas les Espagnols du général Silvestre. C’est le désastre d’Anoual. Entre 15 000 et 20000 Espagnols sont massacrés et mutilés. Les photos choquent l’opinion publique européenne. Une des plus terribles défaites subies par une armée coloniale à l’instar d’Anoua ou de Dien-Bien-Phu.

L’ancien chancelier de l’enclave espagnol de Melilla, appelé à devenir un exemple pour Ernesto Guevara, Mao Tsé-Tong ou encore Ho-Chi Minh- fonde après cette victoire la République du Rif le 1er février 1922 avec pour capitale Ajdir. Parlement, monnaie et tutti quanti…

Français et Espagnols, pourtant rivaux dans la région, décident de s’allier contre une armée endurante et aguerrie au relief escarpé dans la région. 400 000 hommes sont confiés au “vainqueur de Verdun” le général Philippe Pétain. Dans une guerre d’une grande brutalité- où les Espagnols contrairement aux conventions internationales n’hésitent pas à utiliser du gaz moutarde sur des populations civiles- le chef rebelle est arrêté par les Français et exilé à la Réunion avant de devenir en 1947 le porte-parole d’un éphémère “Comité du Maghreb Libre” au Caire où il meurt en 1963. Beaucoup de ces hommes aidèrent les insurgés franquistes face à la République espagnole en 1936…mais c’est une autre histoire.

Cette colère endémique ancrée dans ces vallées calcaires ne s’arrête pas là… Dés le début de l’indépendance du Maroc en 1956, le Rif se révolte. De 1958 à 1959, des manifestations éclatent sur tout le territoire rifain. Les manifestants dénoncent ce qu’elle perçoit comme une exclusion des nouvelles institutions  et -déjà- le manque d’investissement de Rabat pour développer économiquement la région. Réponse du prince héritier Hassan II: l’armée royale est envoyée et réprime dans le sang cette révolte faisant 3000 morts.

Afin de vider la région de ces irréductibles autochtones une solution s’impose: l’émigration. Dans les années 60-70, des accords sont passés entre le Maroc, la Belgique et les Pays-Bas. Résultat: des milliers de Rifains partent s’exiler vers Bruxelles, Charleroi ou Amsterdam pour travailler dans les usines, le bâtiment ou dans les mines wallonnes. La majorité s’implantent et envoient de l’argent au pays permettant d’estomper la pauvreté structurelle de la région. Si nombre des descendants de ces travailleurs s’intègrent et réussissent parfois dans le sport ou en politique, certains sombrent dans la délinquance voire le terrorisme comme Salah Abdeslam l’un des assassins du Bataclan… de parents rifains.

Le 26 janvier 1984, la situation explose de nouveau. Hier, bergers ou agriculteurs, les nouveaux insurgés sont désormais des étudiants éduqués et cultivés. Ils dénoncent la hausse des prix de scolarité. L’augmentation des denrées alimentaires fait grossir les troupes et des milliers de personnes battent le pavé dans la ville de Nador (ville d’origine de l’ancienne ministre Najat Vallaud-Belkacem). La réponse de Rabat ne se fait pas attendre et, encore une fois, une féroce répression s’abat sur la région. Dans un discours, Hassan II traite les insurgés d’ “Awbach” (sauvages) et exclut le Rif des projets de développement au Maroc… marginalisant davantage une région déjà si…marginale.

Le milieu des années 90 offre une légère accalmie. L’argent des “émigrés”, la création en 1996 d’une “Agence pour la promotion et le Développement du Nord” sans compter les champs de haschich, permettent à la région de sortir le bec de l’eau. Ajouté à cela une prise en compte de la culture amazight  et de l’histoire de la région semblent démontrer qu’une nouvelle voie est prise pour un pays enfin uni. Hier interdit au profit de l’arabe, le berbère est désormais enseigné à l’école.

Mais le séisme de 2004 et de nouvelles émeutes en 2011 et 2012 fragilisent de nouveau la région… alors lorsqu’éclatent les manifestations en 2017 le Makhzen envoie les forces armées.

Résultat: des milliers d’arrestations souvent arbitraires comme punition collective.

La majorité est jugée à Casablanca.

Le 26 mai 2017, Nasser Zefzafi est arrêté. Motif: il a arrêté le prêche d’un imam favorable au gouvernement. Des manifestations reprennent de plus belle. Une vidéo le montre à moitié-nu dans une cellule, remplis d’ecchymoses. La ville d’Al-Hoceima et les communes environnantes sont étroitement surveillées. Les policiers en civil sont partout.

Farouchement attaché à sa berbérité (culture marginalisée pendant des décennies par Rabat), les Rifains n’ont pour autant jamais demandé leur autonomie et encore moins une quelconque sécession. Les quelques drapeaux de la République du Rif évoque essentiellement avec fierté leur passé. Car leur vision est bien différente de leurs cousins Kabyles qui sous l’égide du si brillant Hocine Ait-Ahmed (fondateur du Front des Forces Socialistes en 1963) ou de Krim Belkhacem- deux dirigeants historiques du Front de Libération Nationale- ont toujours lutté dés l’indépendance contre la centralisation algéroise de Ben Bella puis de Boumédiene. Ait-Ahmed fut d’ailleurs poussé en exil sur les bords du Lac Léman en Suisse. Le second, Belkacem exécuté  par les services algériens tenus d’une main de fer par le “Béria local”, Boussouf.

A l’ouest rien de tout cela. Juste un mélange subtil de marocanité et de défiance viscéral envers Rabat.

Quid aujourd’hui ?

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Emmanuel Macron à Rabat au côté du roi du Maroc. Le roi Mohammed VI ne s’adresse jamais à la presse.© FADEL SENNA / AFP

Malgré une réponse virulente de Mohammed VI, le souverain chérifien apparaît plus ouvert que son père aux aspirations du territoire. L’économie marocaine en plein décollage -avec le port de TangerMed II appelé à devenir le premier port de la Méditerranée occidentale- le Roi a renvoyé trois ministres responsables désignés de la situation à Al-Hoceima et dans les alentours. Un plan “Al-Hoceima phare de la Méditerranée 2015-2019” a été mise en place avec près de 600 millions d’euros d’investissements prévus.

Mais la situation est loin d’être aussi simple.

D’après Amnesty International, les arrestations arbitraires et des actes de tortures ont été enregistrés sur les quelques 400 militants arrêtés en octobre 2016. Hormis une centaine de libérations sur ordre du Roi pour calmer les âmes, la situation reste complexe pour la majorité d’entre eux. Le 26 juin, la chambre criminelle de la Cours d’Appel de Casablanca a jugé 53 militants dont Nasser Zafzafi. Ce dernier a pris 20 ans de prison. Depuis le 30 août, il a entamé une grève de la faim mettant toute la région en émoi et une grande partie du Maroc… mais jusqu’à quand ?

Un vieux proverbe berbère dit qu”une saison ne respecte pas l’autre”… faut-il croire que la saison des pluies ne s’est jamais réellement arrêtée dans les vallées du Rif…en attendant un rayon de soleil.

Eric: “Ta Gaule” !

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On pourrait penser à un remake fantaisiste du « Prénom » le film d’Alexandre de La Patellière et de Matthieu Delaporte sorti en 2012 avec Patrick Bruel et Valérie Benguigui.

Mais on est plus près d’un dîner de cons basé sur un nouveau débat stérile qui demande pourtant quelques éclaircissements.

Eric Zemmour- protagoniste de l’affaire- continue de se surpasser dans l’art de la polémique gratuite faussement irrévérencieuse et provocatrice.

Devenu l’icone d’une nouvelle « pensée unique » ultra-droitière et démagogue, le journaliste du « Figaro », devenu chroniqueur TV puis essayiste à succès (près de 300 000 ventes pour son « Suicide français » sorti en 2014) a encore fait parler de lui. Et une nouvelle fois sur le plateau de Thierry Ardisson.

Habitué aux salles de tribunal pour certaines de ses diatribes (il fut condamné à 2000 euros d’amendes en 2011 pour provocation à la haine raciale après ses propos chez Thierry Ardisson : « Les Français issus de l’immigration sont plus contrôlés que les autres parce que la plupart des trafiquants sont noirs et arabes… C’est un fait. »),le polémiste s’en est pris une nouvelle fois aux descendants d’immigrés africains, dans un échange houleux l’opposant à la chroniqueuse Hapsatou Sy dans l’émission, « Les Terriens du dimanche ».

C’est votre prénom qui est une insulte à la Franceavant d’ajouter : “La France n’est pas une terre vierge, c’est une terre avec une histoire, avec un passé. Et les prénoms incarnent l’histoire de la France L’attaque fut brève et a suffisamment choqué la jeune femme d’origine sénégalaise pour qu’elle poste la vidéo sur son compte Instagram.

Or, la question de l’intégration par le prénom n’est pas nouveau… notamment chez Zemmour.

Cet argument est devenu un disque rayé lancé en 2010 dans son « Mélancholie française » où il soulignait déjà la problématique de prénoms dits « étrangers » à la culture judéo-chrétienne pour justifier les problèmes d’intégration des enfants originaires du Maghreb et d’Afrique subsaharienne depuis une trentaine d’années. Avec toujours ce prisme ethnoculturel.

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Le champion olympique de marathon en 1956 Ali Mimoun devenu Alain après sa conversion au catholicisme.

Or si on excepte l’immense Ali Mimoun devenu Alain en rencontrant Sainte Thérèse de Lisieux comme il avait rencontré le général de Gaulle à Monte Cassino, l’immense majorité des enfants d’immigrés originaire du Maghreb ou d’Afrique subsaharienne portent des noms d’origine musulmane c’est un fait. Mais beaucoup de ses prénoms appartiennent aux trois religions monothéistes et sont donc compatible à la vision zemmouresque de l’intégration : Issa (Jésus), Maryam (Marie), Jonas (Joseph), Moussa (Moise)…

Mais les prénoms n’ont jamais été un des piliers de l’identité française et républicaine, n’en déplaisent à ses supporters partisans d’une assimilation étriquée et totalement fantasmée dans une France encore marquée par les attaques terroristes islamistes.

Eric Zemmour falsifie une nouvelle fois l’histoire pour défendre ses propos. Sur un plateau de télévision, il évoque une loi de Napoléon 1er exigeant un prénom « français » à chaque nouveau-né.

La fameuse loi qu’évoque  Zemmour existe bel et bien. C’est la loi n°2614 du 11 Germinal an XI, ou plus simplement du 1er avril 1803, « relative aux prénoms et aux changements de noms ». Elle a effectivement été abolie en 1993 mais voici ce que disait son titre premier, article 1 :

« A compter de la publication de la présente loi, les noms en usage dans les différents calendriers, et ceux des personnages connus de l’histoire ancienne, pourront seuls être reçus, comme prénoms sur les registres de l’état civil destinés à constater la naissance des enfants ; et il est interdit aux officiels publics d’en admettre aucun autre dans leurs actes ».

Les seuls qui subirent un durcissement de la Loi contrairement au travail accompli par la Révolution française pour les sortir du « ghetto » pour les incorporer dans la « Grande Nation civique »… furent les Juifs ! En effet, les dignitaires Juifs demandèrent à Napoléon de revenir au Code civil… en vain

Napoléon ignore cette demande ; le 17 mars 1808, une loi vient durcir considérablement le statut des Juifs,  dont la vie privée ou professionnelle devient soumise à une série d’autorisations. Le 20 juillet, deuxième lame : un décret impérial prévoit que dans les trois mois, tous les Juifs de France sont tenus de changer de prénom et de nom de famille. L’article 3 est limpide : « ne seront point admis comme nom de famille aucun nom tiré de l’Ancien Testament (…) Pourront être pris comme prénoms ceux autorisés par la loi du 11 Germinal an XI » – celle qu’évoquait donc Éric Zemmour comme un modèle à suivre.

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Alger, Notre-Dame d’Afrique. Une fête de famille vers 1900 à l’Ermitage, propriété d’Isaac Oualid. Archive familiale de Liliane Temime-Girard

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Le député Galandou Diouf serrant la main à un sergent des Tirailleurs sénégalais en 1930.

Car ironie de l’histoire, Eric Zemmour, au discours fleurant bon le « nos ancêtres les gaulois » si chers aux Hussards de la République dans une France en pleine renaissance, ne descend pas d’Armorique ou de Lugdunum. Ses parents, venus à l’indépendance de l’Algérie en 1962 comme 80 % des Juifs d’Algérie, descendent directement des tribus berbères judéisés d’Algérie (Zemmour étant le nom de plusieurs villages de la région de Soukh Arass, à l’est du pays). Loin de Vercingétorix ou de Clovis, les ancêtres d’Eric ont bénéficié des accords Crémieux en 1870 donnant aux 35 000 Juifs d’Algérie, les mêmes droits et devoirs que les citoyens de métropole (les Musulmans ayant refusé la citoyenneté pour ne pas abandonner la loi coranique). Mais à l’époque point question de prénom…

Pas plus qu’au Sénégal-pays du père de « la si peu Française » Hapsatou où les « Quatre communes (Saint-Louis, Gorée, Rufisque et Dakar) obtinrent le 29 septembre 1916 le droit de posséder des représentants. Des députés aux prénoms si celtiques que Blaise Diagne (jusque là ça peut aller) mais surtout Galandou Diouf ou encore Lamine Gueye ont siégé à la Chambre pendant que leurs fils combattaient dans les tranchées… pour la “Mère-patrie”.

Dans une période de doute, de perte de confiance en soi, on pourrait espérer mieux de la part d’un sois-disant intellectuel qu’une sortie aussi ridicule et nuisible au bien-vivre ensemble et à la beauté d’une nation en perpétuelle questionnement.

Après tout personne n’avait demandé le prénom des quelques 190 Tirailleurs sénégalais lâchement massacrés en 1940 par les Allemands à Chasselay… au nom d’une certaine idée de la France loin de celle de Marcel (Déat), de Jacques (Doriot) et de tant d’autres « Gaulois »…

Benalla “une Barbouze” ?

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Le président de la République Emmanuel Macron et Alexandre Benalla chargé de mission le 12 avril 2018 à Berd’huis. Photo CHARLY TRIBALLEAU. AFP

L’actualité est décidément un écho permanent à l’histoire.

Un va-et-vient incessant entre les périodes les moins glorieuses de notre vie publique depuis la Libération.
L’affaire Alexandre Benalla a donc fait ressurgir un vocabulaire d’un autre siècle que l’on pensait révolu . Par naïveté ? Par romantisme ? L’opposition parlementaire, de droite comme de gauche, s’est donnée à coeur joie pour qualifier cette situation digne des Pieds Nickelés dans laquelle s’est fourvoyé le pouvoir macroniste : « Barbouze ».

Le mot arrive tranchant comme une lame, terrible semble la sentence … mais c’est quoi une barbouze au juste ?
Retour vers ce fait divers digne d’une Vème République :
Un membre du Cabinet d’Emmanuel Macron est filmé avec un casque et un brassard de la « police » en train de cogner sur des manifestants un 1er Mai. Le jeune homme, âgé de 26 ans, du nom d’Alexandre Benalla, a commencé ses gammes au sein du service d’ordre du Parti Socialiste puis est devenu attaché à la sécurité du candidat Macron lors des élections présidentielles de 2017. Promotion très rapide puisqu’ il intègre le cabinet présidentiel avant cette bévue monumentale.
Le résultat : le premier gros couac de la planète Macron et un énième scandale pour une République encore une fois fragilisée par un népotisme si loin des promesses de campagne…
En Marche … Arrière .
L’embellie de la bande à Deschamps aura été bien plus courte que celle de France 98 mais a qui la faute après tout ?
Au “gros bras” et à son commanditaire…Emmanuel Macron.

Un petit récapitulatif s’impose.

barbouzes
Un film de Georges Lautner sorti en 1964.

Ce terme a été popularisé par l’excellent Georges Lautner en 1964 dans une parodie burlesque des films d’espionnage. Le mot est pourtant né dix ans auparavant dans le cerveau d’un certain …Dominique Ponchardier, écrivain de polar à succès. Or ce gaulliste de choc, Compagnon de la Libération, a eu parallèlement à sa vie littéraire un après-guerre plutôt musclé… au sein de ses fameuses Barbouzes (encore et encore) mais les vraies cette fois-ci, les dures. Ces hommes venus d’environnements assez différents, furent regroupés, nous allons le voir, afin de lutter en pleine guerre d’Algérie contre les partisans de l’Algérie française et en particulier les « plus excités » : l’Organisation Armée Secrète.
Le tout avec des méthodes prohibées pour les services de l’état, dans un état de droit qui plus est. Des actions semi-clandestines, en « fausse barbe »… des pratiques musclées en période de quasi guerre civile loin de cette vulgaire estocade de voyou comme l’illustre cette scène inondant nos téléviseurs et notre presse depuis quelques jours.

Vie et mort de Lucien Bitterlin
Cette parenthèse politico-linguistique nous permet dans ce premier billet d’ « Un UBER pour Tobrouk » de revenir également sur une mort passée quasiment inaperçue l’année dernière mais symbolisant elle par contre le côté sombre de la période algérienne mais aussi toute la profondeur des relations franco-arabes depuis 50 ans : celle de Lucien Bitterlin, le créateur des vrais Barbouzes pour le coup… en chair et en os.
C’était il y a plus d’un an, un 11 février 2017… son décès ne fit aucun bruit.

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Lucien Bitterlin et un numéro de “France-Pays Arabes”

Né le 15 juillet 1932, le jeune Titi parisien commence sa carrière comme journaliste à l’Agence France-Presse puis comme producteur de radio. Trop jeune pour la Résistance, il milite néanmoins dés les années 50 au sein des organisations de jeunesses gaullistes à Paris. C’est dans ce cadre qu’il va connaître son premier engagement « physique » et politique avec le monde « arabe » : l’aventure des « Barbouzes » (encore et encore…).

Récemment arrivé au pouvoir, le pouvoir gaulliste, crée le 9 juillet 1959, en pleine guerre d’Algérie le « Mouvement pour la Coopération ». Recrutant chez les Jeunes gaullistes, cette structure est chargée d’assurer les liens entre la France et ses anciennes colonies africaines amenées à devenir indépendantes.
Sur Paris, le mouvement est dirigé par Jacques Dauer et tient un rôle plus « politique » loin, très loin de l’incandescence algéroise…
De son côté, Lucien Bitterlin devient le secrétaire général du Mouvement qui s’installe dans la préfecture algérienne : Alger.

Cette structure est chargée en toute logique de soutenir la politique algérienne du Général dans une période trouble où partisans de l’Indépendance et du maintien de l’Algérie française s’affrontent politiquement et…physiquement.

Epaulé par des « Gaullistes de la première heure » comme Pierre Lemarchand, André Goulay ou le commissaire Michel Hacq (tous passés par les rangs de la France Libre ou de la Résistance Intérieure), le mouvement va rapidement être chargé de lutter physiquement contre les partisans de l’Algérie Française regroupés après la tentative de putsch d’avril 1961 au sein de l’Organisation armée secrète.
La structure dirigée par Jean-Jacques Susini recrute de plus en plus chez les Européens d’Algérie comme chez les militaires en rupture de banc déterminés à combattre la politique « libérale» et la « trahison » du général de Gaulle.

Bitterlin recrute en toute logique chez les anciens Résistants (autour des Frères Le Tac), dans les cercles d’arts-martiaux (le célèbre dojo parisien de Jim Alcheik ) jusqu’à la pègre et Jo Attia. Ces hommes mènent une lutte sans merci contre les commandos Delta dans les rues algéroises puis sur l’ensemble du territoire.  Colis piégés, embuscades… tous les coups sont permis dans la Ville Blanche.

Composés de près de 200 hommes, les militants usent de méthodes « musclées » et controversées comme lors de l’affaire Camille Petitjean (un militant de l’OAS et ancien résistant séquestré et torturé par des “Barbouzards”).
L’organisation, de par les actio,s de certains de ses membres, finit par se couper en deux et par perdre de son influence. Jacques Dauer critique amèrement les méthodes employées. La structure périclite.
Bitterlin retracera cette expérience dans « Histoire des Barbouzes ».
Spécialiste reconnu du Proche-orient, le journaliste s’engage dés la fin de ce qui apparaît encore comme les “événements d’Algerie » dans la diplomatie parallèle à destination du monde arabe.

Pendant plus de quarante ans, Bitterlin va oeuvrer à maintenir des liens constants en multipliant les réseaux d’amitiés tout autour de la Méditerranée. Proche toujours plus proche des dictatures laiques du Proche-Orient.
En 1963, il participe avec Germaine Tillion, Edmond Michelet à la création de l’association « France-Algérie », une association désirée par le général de Gaulle pour garder des « contacts » avec le nouveau pouvoir.

Quelques années plus tard, Bitterlin décide de créer avec d’autres militants « historiques de la cause arabe » comme Claude Bourdet (Compagnon de la Libération , ce catholique de gauche a été un ardent militant de la cause algérienne) une association « France-Palestine » chargée de créer de liens avec les autorités palestiniennes en exil. Fin connaisseur de la Syrie et du Liban, il va nouer des liens très forts avec le dirigeant baasiste Hafez el-Assad comme avec les différents leaders libanais et palestiniens. Disposant d’un large carnet d’adresses, il devient un intermédiaire central entre l’État français et les pays du Proche-Orient notamment lors de la libération d’otages. Ainsi Bitterlin, en sa qualité de Président de l’Association de solidarité franco-arabe, négocie directement avec le mouvement terroriste palestinien « Fatah-CR » pour la libération de deux jeunes filles, les Valente, qui sont libérés à la fin du mois de décembre 1988. Proche des services secrets français, il est constamment sollicité en période de crise par la majorité des gouvernements de la Vème République, droite et gauche confondues.

En toute logique, Lucien Bitterlin devient de 1968 à 2008 le Président de l’Association de solidarité Franco-Arabe (créée en 1967) et le rédacteur en chef du mensuel « France-Arabe ». Il est également pendant deux ans l’administrateur de l’Institut du Monde Arabe entre 1984 à 1986.
Féru d’histoire, ce passionné de géopolitique va rédiger neuf ouvrages dont plusieurs sur la Syrie comme « Hafez El-Assad, le parcours d’un combattant » ou encore «Alexandrette, le Munich de l’Orient ou quand la France capitulait ». Avec toujours une vision bien particulière…assez loin des printemps arabes mais à des années-lumières de l’islamisme radical. Avec un toujours un brin de nostalgie.

« Cheveux noir, visage en lame de couteau, louchant très légèrement et fine moustache à la Clark Gable » pour reprendre le portrait de George Fleury (Algérie française à l’époque), Bitterlin aura perpétué une tradition française portée par les universitaires (Louis Massagnon, Jacques Berque) ou les militaires (Vincent Monteil, Pierre Rondot) en faveur d’un certaine idée de la France et de la cause arabe.
A travers ces groupes d’amitiés, ces écrits ou ces activités parallèles, l’ancien producteur gaulliste aura tenté de maintenir des liens très forts entre la France et les pays du Maghreb et du Proche-Orient, particulièrement dans les moments de crise comme ce fut le cas lors du conflit libanais ou de la première guerre du Golfe.

Une mort anonyme pour un activiste des plus endurants, malgré des méthodes souvent douteuses, né dans un pays si… amnésique par moment.
Si les trois B (Bitterlin, Barbouze, Benalla…) démontrent les failles d’un système aussi complexe que celui de la Vème République, la comparaison malgré le romantisme estudiantin de certains, s’arrête là. Ces anathèmes à l’emporte pièce ne permettent pas de comprendre et d’analyser la situation telle que nous la connaissons aujourd’hui aussi ridicule et symptomatique soit-elle.

Mais pour combien de temps ?

A bientôt chers amis…