Rififi dans le Rif

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Entrer une Des manifestants dénoncent les peines prononcées à l’encontre des militants du Hirak, le 27 juin 2018, à Rabat. PHOTO / YOUSSEF BOUDLAL / REUTERS.

Rififi (Masculin): mot d’argot créé par Augustin Le Breton signifiant “rixe, bagarre” immortalisé en 1957 dans la série des “Rififi” qui donna par la suite l’excellent “Rififi à Paname” en 1966 et l’éternel Jean Gabin…

Le terme lui-même vient du vocabulaire militaire le “rif”  autrement dit “zone de combat, front” … énième mot issu des campagnes coloniales… du nom de cette chaîne de montagne du nord-marocain, éternel lieu de résistance à toutes les invasions.

Depuis deux ans, cet arc montagneux de 360 kilomètres de long, entre Tanger et Al-Hoceima dans le nord du Maroc, est en effervescence. Des manifestations ont été lourdement réprimées entre 2016 et 2017 par l’Etat marocain, dans une des régions les plus pauvres et les plus “remuantes” du pays.

Qu’en est-il aujourd’hui ? Immersion

Le 28 octobre 2016 dans la principale ville du Rif, la ville touristique d’Al-Hoceima, un jeune vendeur de poisson Mohcine Fikri meurt dans des conditions effroyables: broyé dans une benne à ordure en tentant de sauver sa marchandise, certes pêchée illégalement, des mains de la police. Dans cette région où le chômage frôle les 20% dans certaines contrées – quand la moyenne nationale est à 9%- des manifestations explosent: c’est l’Hirak (“la Mouvance” en berbère).

Pendant un an, des milliers de manifestants vont arpenter les rues de la ville- des jeunes en majorité mais pas seulement- réclamant du travail et plus d’égalité dans les investissements sur la région: “Ou va notre argent ?” scandent-ils.

Au centre de ces foules un homme émerge et va devenir le symbole de cette contestation: Nasser Zefzafi. Agé de 40 ans, diplômé en sciences sociales, cet orateur charismatique, posé originaire d’Izefzafen est à l’image de cette région montagneuse et marginalisé: rebelle et fier.

Moroccan activist and the leader of the protest movement Nasser Zefzafi gives a speech during a demonstration in the northern town of Al-Hoceima
YOUSSEF BOUDLAL / REUTERS

Fidèle aux tribus berbères fuyant dans les montagnes de l’Atlas et du Rif l’avancée des cavaliers Arabes-auxquels se réclame la dynastie chérifienne- le Rif a posé constamment problème à tout pouvoir centralisé.

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Abdelkrim en une du journal américain “The Times”            en 1925.

Dés 1922, le Rif se fait une renommée internationale. comme symbole de la résistance à la colonisation, chez tous les opposants européens comme chez les colonisés. Protectorat français et colonie espagnol depuis le traité de Fès en 1912, (à lire dans mon ouvrage “Amado Granell libérateur de Paris” sorti en 2016 chez l’Harmattan), la région s’enflamme en 1921.

Le 21 juillet de cette même année, 3000 hommes d’Abdelkrim El Khattabi encerclent la base avancée d’Anoual tenue pas les Espagnols du général Silvestre. C’est le désastre d’Anoual. Entre 15 000 et 20000 Espagnols sont massacrés et mutilés. Les photos choquent l’opinion publique européenne. Une des plus terribles défaites subies par une armée coloniale à l’instar d’Anoua ou de Dien-Bien-Phu.

L’ancien chancelier de l’enclave espagnol de Melilla, appelé à devenir un exemple pour Ernesto Guevara, Mao Tsé-Tong ou encore Ho-Chi Minh- fonde après cette victoire la République du Rif le 1er février 1922 avec pour capitale Ajdir. Parlement, monnaie et tutti quanti…

Français et Espagnols, pourtant rivaux dans la région, décident de s’allier contre une armée endurante et aguerrie au relief escarpé dans la région. 400 000 hommes sont confiés au “vainqueur de Verdun” le général Philippe Pétain. Dans une guerre d’une grande brutalité- où les Espagnols contrairement aux conventions internationales n’hésitent pas à utiliser du gaz moutarde sur des populations civiles- le chef rebelle est arrêté par les Français et exilé à la Réunion avant de devenir en 1947 le porte-parole d’un éphémère “Comité du Maghreb Libre” au Caire où il meurt en 1963. Beaucoup de ces hommes aidèrent les insurgés franquistes face à la République espagnole en 1936…mais c’est une autre histoire.

Cette colère endémique ancrée dans ces vallées calcaires ne s’arrête pas là… Dés le début de l’indépendance du Maroc en 1956, le Rif se révolte. De 1958 à 1959, des manifestations éclatent sur tout le territoire rifain. Les manifestants dénoncent ce qu’elle perçoit comme une exclusion des nouvelles institutions  et -déjà- le manque d’investissement de Rabat pour développer économiquement la région. Réponse du prince héritier Hassan II: l’armée royale est envoyée et réprime dans le sang cette révolte faisant 3000 morts.

Afin de vider la région de ces irréductibles autochtones une solution s’impose: l’émigration. Dans les années 60-70, des accords sont passés entre le Maroc, la Belgique et les Pays-Bas. Résultat: des milliers de Rifains partent s’exiler vers Bruxelles, Charleroi ou Amsterdam pour travailler dans les usines, le bâtiment ou dans les mines wallonnes. La majorité s’implantent et envoient de l’argent au pays permettant d’estomper la pauvreté structurelle de la région. Si nombre des descendants de ces travailleurs s’intègrent et réussissent parfois dans le sport ou en politique, certains sombrent dans la délinquance voire le terrorisme comme Salah Abdeslam l’un des assassins du Bataclan… de parents rifains.

Le 26 janvier 1984, la situation explose de nouveau. Hier, bergers ou agriculteurs, les nouveaux insurgés sont désormais des étudiants éduqués et cultivés. Ils dénoncent la hausse des prix de scolarité. L’augmentation des denrées alimentaires fait grossir les troupes et des milliers de personnes battent le pavé dans la ville de Nador (ville d’origine de l’ancienne ministre Najat Vallaud-Belkacem). La réponse de Rabat ne se fait pas attendre et, encore une fois, une féroce répression s’abat sur la région. Dans un discours, Hassan II traite les insurgés d’ “Awbach” (sauvages) et exclut le Rif des projets de développement au Maroc… marginalisant davantage une région déjà si…marginale.

Le milieu des années 90 offre une légère accalmie. L’argent des “émigrés”, la création en 1996 d’une “Agence pour la promotion et le Développement du Nord” sans compter les champs de haschich, permettent à la région de sortir le bec de l’eau. Ajouté à cela une prise en compte de la culture amazight  et de l’histoire de la région semblent démontrer qu’une nouvelle voie est prise pour un pays enfin uni. Hier interdit au profit de l’arabe, le berbère est désormais enseigné à l’école.

Mais le séisme de 2004 et de nouvelles émeutes en 2011 et 2012 fragilisent de nouveau la région… alors lorsqu’éclatent les manifestations en 2017 le Makhzen envoie les forces armées.

Résultat: des milliers d’arrestations souvent arbitraires comme punition collective.

La majorité est jugée à Casablanca.

Le 26 mai 2017, Nasser Zefzafi est arrêté. Motif: il a arrêté le prêche d’un imam favorable au gouvernement. Des manifestations reprennent de plus belle. Une vidéo le montre à moitié-nu dans une cellule, remplis d’ecchymoses. La ville d’Al-Hoceima et les communes environnantes sont étroitement surveillées. Les policiers en civil sont partout.

Farouchement attaché à sa berbérité (culture marginalisée pendant des décennies par Rabat), les Rifains n’ont pour autant jamais demandé leur autonomie et encore moins une quelconque sécession. Les quelques drapeaux de la République du Rif évoque essentiellement avec fierté leur passé. Car leur vision est bien différente de leurs cousins Kabyles qui sous l’égide du si brillant Hocine Ait-Ahmed (fondateur du Front des Forces Socialistes en 1963) ou de Krim Belkhacem- deux dirigeants historiques du Front de Libération Nationale- ont toujours lutté dés l’indépendance contre la centralisation algéroise de Ben Bella puis de Boumédiene. Ait-Ahmed fut d’ailleurs poussé en exil sur les bords du Lac Léman en Suisse. Le second, Belkacem exécuté  par les services algériens tenus d’une main de fer par le “Béria local”, Boussouf.

A l’ouest rien de tout cela. Juste un mélange subtil de marocanité et de défiance viscéral envers Rabat.

Quid aujourd’hui ?

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Emmanuel Macron à Rabat au côté du roi du Maroc. Le roi Mohammed VI ne s’adresse jamais à la presse.© FADEL SENNA / AFP

Malgré une réponse virulente de Mohammed VI, le souverain chérifien apparaît plus ouvert que son père aux aspirations du territoire. L’économie marocaine en plein décollage -avec le port de TangerMed II appelé à devenir le premier port de la Méditerranée occidentale- le Roi a renvoyé trois ministres responsables désignés de la situation à Al-Hoceima et dans les alentours. Un plan “Al-Hoceima phare de la Méditerranée 2015-2019” a été mise en place avec près de 600 millions d’euros d’investissements prévus.

Mais la situation est loin d’être aussi simple.

D’après Amnesty International, les arrestations arbitraires et des actes de tortures ont été enregistrés sur les quelques 400 militants arrêtés en octobre 2016. Hormis une centaine de libérations sur ordre du Roi pour calmer les âmes, la situation reste complexe pour la majorité d’entre eux. Le 26 juin, la chambre criminelle de la Cours d’Appel de Casablanca a jugé 53 militants dont Nasser Zafzafi. Ce dernier a pris 20 ans de prison. Depuis le 30 août, il a entamé une grève de la faim mettant toute la région en émoi et une grande partie du Maroc… mais jusqu’à quand ?

Un vieux proverbe berbère dit qu”une saison ne respecte pas l’autre”… faut-il croire que la saison des pluies ne s’est jamais réellement arrêtée dans les vallées du Rif…en attendant un rayon de soleil.

Eric: “Ta Gaule” !

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On pourrait penser à un remake fantaisiste du « Prénom » le film d’Alexandre de La Patellière et de Matthieu Delaporte sorti en 2012 avec Patrick Bruel et Valérie Benguigui.

Mais on est plus près d’un dîner de cons basé sur un nouveau débat stérile qui demande pourtant quelques éclaircissements.

Eric Zemmour- protagoniste de l’affaire- continue de se surpasser dans l’art de la polémique gratuite faussement irrévérencieuse et provocatrice.

Devenu l’icone d’une nouvelle « pensée unique » ultra-droitière et démagogue, le journaliste du « Figaro », devenu chroniqueur TV puis essayiste à succès (près de 300 000 ventes pour son « Suicide français » sorti en 2014) a encore fait parler de lui. Et une nouvelle fois sur le plateau de Thierry Ardisson.

Habitué aux salles de tribunal pour certaines de ses diatribes (il fut condamné à 2000 euros d’amendes en 2011 pour provocation à la haine raciale après ses propos chez Thierry Ardisson : « Les Français issus de l’immigration sont plus contrôlés que les autres parce que la plupart des trafiquants sont noirs et arabes… C’est un fait. »),le polémiste s’en est pris une nouvelle fois aux descendants d’immigrés africains, dans un échange houleux l’opposant à la chroniqueuse Hapsatou Sy dans l’émission, « Les Terriens du dimanche ».

C’est votre prénom qui est une insulte à la Franceavant d’ajouter : “La France n’est pas une terre vierge, c’est une terre avec une histoire, avec un passé. Et les prénoms incarnent l’histoire de la France L’attaque fut brève et a suffisamment choqué la jeune femme d’origine sénégalaise pour qu’elle poste la vidéo sur son compte Instagram.

Or, la question de l’intégration par le prénom n’est pas nouveau… notamment chez Zemmour.

Cet argument est devenu un disque rayé lancé en 2010 dans son « Mélancholie française » où il soulignait déjà la problématique de prénoms dits « étrangers » à la culture judéo-chrétienne pour justifier les problèmes d’intégration des enfants originaires du Maghreb et d’Afrique subsaharienne depuis une trentaine d’années. Avec toujours ce prisme ethnoculturel.

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Le champion olympique de marathon en 1956 Ali Mimoun devenu Alain après sa conversion au catholicisme.

Or si on excepte l’immense Ali Mimoun devenu Alain en rencontrant Sainte Thérèse de Lisieux comme il avait rencontré le général de Gaulle à Monte Cassino, l’immense majorité des enfants d’immigrés originaire du Maghreb ou d’Afrique subsaharienne portent des noms d’origine musulmane c’est un fait. Mais beaucoup de ses prénoms appartiennent aux trois religions monothéistes et sont donc compatible à la vision zemmouresque de l’intégration : Issa (Jésus), Maryam (Marie), Jonas (Joseph), Moussa (Moise)…

Mais les prénoms n’ont jamais été un des piliers de l’identité française et républicaine, n’en déplaisent à ses supporters partisans d’une assimilation étriquée et totalement fantasmée dans une France encore marquée par les attaques terroristes islamistes.

Eric Zemmour falsifie une nouvelle fois l’histoire pour défendre ses propos. Sur un plateau de télévision, il évoque une loi de Napoléon 1er exigeant un prénom « français » à chaque nouveau-né.

La fameuse loi qu’évoque  Zemmour existe bel et bien. C’est la loi n°2614 du 11 Germinal an XI, ou plus simplement du 1er avril 1803, « relative aux prénoms et aux changements de noms ». Elle a effectivement été abolie en 1993 mais voici ce que disait son titre premier, article 1 :

« A compter de la publication de la présente loi, les noms en usage dans les différents calendriers, et ceux des personnages connus de l’histoire ancienne, pourront seuls être reçus, comme prénoms sur les registres de l’état civil destinés à constater la naissance des enfants ; et il est interdit aux officiels publics d’en admettre aucun autre dans leurs actes ».

Les seuls qui subirent un durcissement de la Loi contrairement au travail accompli par la Révolution française pour les sortir du « ghetto » pour les incorporer dans la « Grande Nation civique »… furent les Juifs ! En effet, les dignitaires Juifs demandèrent à Napoléon de revenir au Code civil… en vain

Napoléon ignore cette demande ; le 17 mars 1808, une loi vient durcir considérablement le statut des Juifs,  dont la vie privée ou professionnelle devient soumise à une série d’autorisations. Le 20 juillet, deuxième lame : un décret impérial prévoit que dans les trois mois, tous les Juifs de France sont tenus de changer de prénom et de nom de famille. L’article 3 est limpide : « ne seront point admis comme nom de famille aucun nom tiré de l’Ancien Testament (…) Pourront être pris comme prénoms ceux autorisés par la loi du 11 Germinal an XI » – celle qu’évoquait donc Éric Zemmour comme un modèle à suivre.

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Alger, Notre-Dame d’Afrique. Une fête de famille vers 1900 à l’Ermitage, propriété d’Isaac Oualid. Archive familiale de Liliane Temime-Girard
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Le député Galandou Diouf serrant la main à un sergent des Tirailleurs sénégalais en 1930.

Car ironie de l’histoire, Eric Zemmour, au discours fleurant bon le « nos ancêtres les gaulois » si chers aux Hussards de la République dans une France en pleine renaissance, ne descend pas d’Armorique ou de Lugdunum. Ses parents, venus à l’indépendance de l’Algérie en 1962 comme 80 % des Juifs d’Algérie, descendent directement des tribus berbères judéisés d’Algérie (Zemmour étant le nom de plusieurs villages de la région de Soukh Arass, à l’est du pays). Loin de Vercingétorix ou de Clovis, les ancêtres d’Eric ont bénéficié des accords Crémieux en 1870 donnant aux 35 000 Juifs d’Algérie, les mêmes droits et devoirs que les citoyens de métropole (les Musulmans ayant refusé la citoyenneté pour ne pas abandonner la loi coranique). Mais à l’époque point question de prénom…

Pas plus qu’au Sénégal-pays du père de « la si peu Française » Hapsatou où les « Quatre communes (Saint-Louis, Gorée, Rufisque et Dakar) obtinrent le 29 septembre 1916 le droit de posséder des représentants. Des députés aux prénoms si celtiques que Blaise Diagne (jusque là ça peut aller) mais surtout Galandou Diouf ou encore Lamine Gueye ont siégé à la Chambre pendant que leurs fils combattaient dans les tranchées… pour la “Mère-patrie”.

Dans une période de doute, de perte de confiance en soi, on pourrait espérer mieux de la part d’un sois-disant intellectuel qu’une sortie aussi ridicule et nuisible au bien-vivre ensemble et à la beauté d’une nation en perpétuelle questionnement.

Après tout personne n’avait demandé le prénom des quelques 190 Tirailleurs sénégalais lâchement massacrés en 1940 par les Allemands à Chasselay… au nom d’une certaine idée de la France loin de celle de Marcel (Déat), de Jacques (Doriot) et de tant d’autres « Gaulois »…

Benalla “une Barbouze” ?

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Le président de la République Emmanuel Macron et Alexandre Benalla chargé de mission le 12 avril 2018 à Berd’huis. Photo CHARLY TRIBALLEAU. AFP

L’actualité est décidément un écho permanent à l’histoire.

Un va-et-vient incessant entre les périodes les moins glorieuses de notre vie publique depuis la Libération.
L’affaire Alexandre Benalla a donc fait ressurgir un vocabulaire d’un autre siècle que l’on pensait révolu . Par naïveté ? Par romantisme ? L’opposition parlementaire, de droite comme de gauche, s’est donnée à coeur joie pour qualifier cette situation digne des Pieds Nickelés dans laquelle s’est fourvoyé le pouvoir macroniste : « Barbouze ».

Le mot arrive tranchant comme une lame, terrible semble la sentence … mais c’est quoi une barbouze au juste ?
Retour vers ce fait divers digne d’une Vème République :
Un membre du Cabinet d’Emmanuel Macron est filmé avec un casque et un brassard de la « police » en train de cogner sur des manifestants un 1er Mai. Le jeune homme, âgé de 26 ans, du nom d’Alexandre Benalla, a commencé ses gammes au sein du service d’ordre du Parti Socialiste puis est devenu attaché à la sécurité du candidat Macron lors des élections présidentielles de 2017. Promotion très rapide puisqu’ il intègre le cabinet présidentiel avant cette bévue monumentale.
Le résultat : le premier gros couac de la planète Macron et un énième scandale pour une République encore une fois fragilisée par un népotisme si loin des promesses de campagne…
En Marche … Arrière .
L’embellie de la bande à Deschamps aura été bien plus courte que celle de France 98 mais a qui la faute après tout ?
Au “gros bras” et à son commanditaire…Emmanuel Macron.

Un petit récapitulatif s’impose.

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Un film de Georges Lautner sorti en 1964.

Ce terme a été popularisé par l’excellent Georges Lautner en 1964 dans une parodie burlesque des films d’espionnage. Le mot est pourtant né dix ans auparavant dans le cerveau d’un certain …Dominique Ponchardier, écrivain de polar à succès. Or ce gaulliste de choc, Compagnon de la Libération, a eu parallèlement à sa vie littéraire un après-guerre plutôt musclé… au sein de ses fameuses Barbouzes (encore et encore) mais les vraies cette fois-ci, les dures. Ces hommes venus d’environnements assez différents, furent regroupés, nous allons le voir, afin de lutter en pleine guerre d’Algérie contre les partisans de l’Algérie française et en particulier les « plus excités » : l’Organisation Armée Secrète.
Le tout avec des méthodes prohibées pour les services de l’état, dans un état de droit qui plus est. Des actions semi-clandestines, en « fausse barbe »… des pratiques musclées en période de quasi guerre civile loin de cette vulgaire estocade de voyou comme l’illustre cette scène inondant nos téléviseurs et notre presse depuis quelques jours.

Vie et mort de Lucien Bitterlin
Cette parenthèse politico-linguistique nous permet dans ce premier billet d’ « Un UBER pour Tobrouk » de revenir également sur une mort passée quasiment inaperçue l’année dernière mais symbolisant elle par contre le côté sombre de la période algérienne mais aussi toute la profondeur des relations franco-arabes depuis 50 ans : celle de Lucien Bitterlin, le créateur des vrais Barbouzes pour le coup… en chair et en os.
C’était il y a plus d’un an, un 11 février 2017… son décès ne fit aucun bruit.

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Lucien Bitterlin et un numéro de “France-Pays Arabes”

Né le 15 juillet 1932, le jeune Titi parisien commence sa carrière comme journaliste à l’Agence France-Presse puis comme producteur de radio. Trop jeune pour la Résistance, il milite néanmoins dés les années 50 au sein des organisations de jeunesses gaullistes à Paris. C’est dans ce cadre qu’il va connaître son premier engagement « physique » et politique avec le monde « arabe » : l’aventure des « Barbouzes » (encore et encore…).

Récemment arrivé au pouvoir, le pouvoir gaulliste, crée le 9 juillet 1959, en pleine guerre d’Algérie le « Mouvement pour la Coopération ». Recrutant chez les Jeunes gaullistes, cette structure est chargée d’assurer les liens entre la France et ses anciennes colonies africaines amenées à devenir indépendantes.
Sur Paris, le mouvement est dirigé par Jacques Dauer et tient un rôle plus « politique » loin, très loin de l’incandescence algéroise…
De son côté, Lucien Bitterlin devient le secrétaire général du Mouvement qui s’installe dans la préfecture algérienne : Alger.

Cette structure est chargée en toute logique de soutenir la politique algérienne du Général dans une période trouble où partisans de l’Indépendance et du maintien de l’Algérie française s’affrontent politiquement et…physiquement.

Epaulé par des « Gaullistes de la première heure » comme Pierre Lemarchand, André Goulay ou le commissaire Michel Hacq (tous passés par les rangs de la France Libre ou de la Résistance Intérieure), le mouvement va rapidement être chargé de lutter physiquement contre les partisans de l’Algérie Française regroupés après la tentative de putsch d’avril 1961 au sein de l’Organisation armée secrète.
La structure dirigée par Jean-Jacques Susini recrute de plus en plus chez les Européens d’Algérie comme chez les militaires en rupture de banc déterminés à combattre la politique « libérale» et la « trahison » du général de Gaulle.

Bitterlin recrute en toute logique chez les anciens Résistants (autour des Frères Le Tac), dans les cercles d’arts-martiaux (le célèbre dojo parisien de Jim Alcheik ) jusqu’à la pègre et Jo Attia. Ces hommes mènent une lutte sans merci contre les commandos Delta dans les rues algéroises puis sur l’ensemble du territoire.  Colis piégés, embuscades… tous les coups sont permis dans la Ville Blanche.

Composés de près de 200 hommes, les militants usent de méthodes « musclées » et controversées comme lors de l’affaire Camille Petitjean (un militant de l’OAS et ancien résistant séquestré et torturé par des “Barbouzards”).
L’organisation, de par les actio,s de certains de ses membres, finit par se couper en deux et par perdre de son influence. Jacques Dauer critique amèrement les méthodes employées. La structure périclite.
Bitterlin retracera cette expérience dans « Histoire des Barbouzes ».
Spécialiste reconnu du Proche-orient, le journaliste s’engage dés la fin de ce qui apparaît encore comme les “événements d’Algerie » dans la diplomatie parallèle à destination du monde arabe.

Pendant plus de quarante ans, Bitterlin va oeuvrer à maintenir des liens constants en multipliant les réseaux d’amitiés tout autour de la Méditerranée. Proche toujours plus proche des dictatures laiques du Proche-Orient.
En 1963, il participe avec Germaine Tillion, Edmond Michelet à la création de l’association « France-Algérie », une association désirée par le général de Gaulle pour garder des « contacts » avec le nouveau pouvoir.

Quelques années plus tard, Bitterlin décide de créer avec d’autres militants « historiques de la cause arabe » comme Claude Bourdet (Compagnon de la Libération , ce catholique de gauche a été un ardent militant de la cause algérienne) une association « France-Palestine » chargée de créer de liens avec les autorités palestiniennes en exil. Fin connaisseur de la Syrie et du Liban, il va nouer des liens très forts avec le dirigeant baasiste Hafez el-Assad comme avec les différents leaders libanais et palestiniens. Disposant d’un large carnet d’adresses, il devient un intermédiaire central entre l’État français et les pays du Proche-Orient notamment lors de la libération d’otages. Ainsi Bitterlin, en sa qualité de Président de l’Association de solidarité franco-arabe, négocie directement avec le mouvement terroriste palestinien « Fatah-CR » pour la libération de deux jeunes filles, les Valente, qui sont libérés à la fin du mois de décembre 1988. Proche des services secrets français, il est constamment sollicité en période de crise par la majorité des gouvernements de la Vème République, droite et gauche confondues.

En toute logique, Lucien Bitterlin devient de 1968 à 2008 le Président de l’Association de solidarité Franco-Arabe (créée en 1967) et le rédacteur en chef du mensuel « France-Arabe ». Il est également pendant deux ans l’administrateur de l’Institut du Monde Arabe entre 1984 à 1986.
Féru d’histoire, ce passionné de géopolitique va rédiger neuf ouvrages dont plusieurs sur la Syrie comme « Hafez El-Assad, le parcours d’un combattant » ou encore «Alexandrette, le Munich de l’Orient ou quand la France capitulait ». Avec toujours une vision bien particulière…assez loin des printemps arabes mais à des années-lumières de l’islamisme radical. Avec un toujours un brin de nostalgie.

« Cheveux noir, visage en lame de couteau, louchant très légèrement et fine moustache à la Clark Gable » pour reprendre le portrait de George Fleury (Algérie française à l’époque), Bitterlin aura perpétué une tradition française portée par les universitaires (Louis Massagnon, Jacques Berque) ou les militaires (Vincent Monteil, Pierre Rondot) en faveur d’un certaine idée de la France et de la cause arabe.
A travers ces groupes d’amitiés, ces écrits ou ces activités parallèles, l’ancien producteur gaulliste aura tenté de maintenir des liens très forts entre la France et les pays du Maghreb et du Proche-Orient, particulièrement dans les moments de crise comme ce fut le cas lors du conflit libanais ou de la première guerre du Golfe.

Une mort anonyme pour un activiste des plus endurants, malgré des méthodes souvent douteuses, né dans un pays si… amnésique par moment.
Si les trois B (Bitterlin, Barbouze, Benalla…) démontrent les failles d’un système aussi complexe que celui de la Vème République, la comparaison malgré le romantisme estudiantin de certains, s’arrête là. Ces anathèmes à l’emporte pièce ne permettent pas de comprendre et d’analyser la situation telle que nous la connaissons aujourd’hui aussi ridicule et symptomatique soit-elle.

Mais pour combien de temps ?

A bientôt chers amis…